Ar fakteur / Barzhoneg gant Ivonig Picard

Ar “Facteur“

Ne harz na yenien na glao

D’ober d’ar memez eur e dro.

Kerzed a ra en heñchou moan,

Araoza~ eun tamm ki bihan. ~

Meur a wech hemañ dre jilpad

A ro d’anaoud ‘ma o tostaad.

Oh ober van dond da vale

Ouzpenn eur plah yaouank neuze

A gemer he stamm ‘n he daouarn,

Med he lagad hag he skouarn

A daol evez ouz al leur-gêr

Dre beleh ‘teuio al lizer.

Ar “facteur“, eun den avizet,

A oar petra ‘zo gortozet :

En eur dremen hep tamm paouez

.Her roio sioulig d’ar plah kêz

Er “facteur“ ‘lakeer ar fiziañs,

Eeun ‘rank beza e goustiañs,

Rag, en despet d’an oll skoliou

Da leiz ‘tle lenn o lizerou.

Ezomm anezañ aliez

En-devez neb ‘vev war ar mêz :

Ar heleier,… beteg an eur,

Heptañ, sur, ne ouife nemeur ;

Priz ar viou, koulz hag an amann

‘Houlenner e peb leh outañ.

N’eus deiz na vez pedet d’ober

Kommisionou e kêr pe gêr.

Peurvuia ‘vid bennoz-Doue :

Piou en on touez ne oar ze ?

Gwir eo e pep fest e tañva,

Ha d’ar bloaz nevez ‘hell eva.

Gwelet eo ‘vel eun den a di,

Zoken er vrasa mereuri ;

Euz pep rumm ‘anavez ar stad,

Kemer ‘ra lod euz o eurvad ;

Pa deuont da goueza e poan,

Atao ganto ‘vez a-unvan.

Gwell, moarvad, eged an noter

E oar ezomm al labourer ;

D’hen gouzoud pisoh, ez-gwirion,

N’eus er barrez ‘med ar person.

Ped gwech em-eus kavet em bro

Ar “facteur“, da zibenn e dro,

‘Harz eur hleuz o reiza timbchou,

Moneiz, paperou ha kontchou,

A-barz ‘n em ziskouez en emgleo

Merket gand reolenn e vureo !

Bale bemdez, dre beb amzer,

Eo ar gwasa en e vicher ;

‘Vel-se ‘teu abred da ruza,

Zoken a-wechou da gamma.

Med, pa rank goulenn chom d’ehan

Evid lakaad termen d’e boan,

An oll a het d’o « facteur » koz

Kaoud, eun deiz, plas er baradoz.

Le facteur

Rien ne l’arrête, ni pluie ni froid

Il est à l’heure à chaque fois

Par les chemins et les sentiers

Toujours de son chien précédé,

Qui de son jappement prévient

Que son bon maître n’est pas loin.

Alors tout en déambulant

Les jeunes filles, fréquemment,

En tricotant d’un air distrait

Mais l’oeil et l’oreille aux aguets,

S’arrangent pour le rencontrer

Avant la remise du courrier.

Le facteur, en homme averti,

Sait pourquoi elles viennent vers lui

Et en passant, furtivement,

Passe les lettres, discrètement.

Le facteur, on lui fait confiance

Il doit avoir bonne conscience

Car malgré les instituteurs

Pour lire il leur faut le facteur.

On a aussi besoin de lui

Pour bien des choses dans le pays :

Les nouvelles, l’heure et les potins

Sans lui les gens ne sauraient rien.

Le prix du beurre, celui des oeufs

C’est lui qui les connaît le mieux.

Pour faire des courses, c’est presque un rite

Tous les jours on le sollicite,

Le plus souvent contre un merci

Chacun le sait, et c’est ainsi.

Mais il est des tous les festins

Et à l’an neuf coule le vin.

Chez les pauvres comme chez les nantis

Il fait partie de la famille

Il sait le rang de tous par cœur

Et il partage leur bonheur,

Et quand ils sont dans le malheur

Il compatit à leur douleur.

Assurément, mieux qu’un notaire

il connaît les gens de la terre,

Nul au pays n’en sait autant

Sauf le recteur, c’est évident.

Que de fois l’ai-je rencontré

Par chez moi, en fin de tournée

Dos au talus il recomptait,

Les timbres, papiers et monnaies

Jusqu’à ce que, tout vérifié,

Au bureau il puisse rentrer.

Par tous les temps il faut marcher

C’est bien le pire, dans ce métier.

Ainsi il vient à se traîner

Et même parfois à claudiquer.

Mais quand il devra s’arrêter,

Mettre un terme à ce dur métier

Tous souhaiteront à notre ami

De trouver place au paradis.