Ar glaouer / Barzhoneg gant Ivonig Picard

Ar glaouer

« Pell e vevan diouz ar bed,

Peurliesa heb gwreg ebed,

Er hoajou leun a zioulder ;

Setu va stad a hlaouer.

N’em-eus nemed eur mignon,

Pa lavarin ez-gwirion :

Va hi bihan Fistoulig,

Diwaller va lochennig.

Ganen e kousk, e tihun,

Heb ma c’hwitfe eur zizun ;

Pa ranko va dilezel,

E vo, sur, evid mervel.

Diouz ar beure pa zavan,

Va foullad a gempennan

Gand keuneud ha mouded kign,

Ken na ve rond ‘vel eur gouign.

Souden ‘weler ar moged,

Evel hini eun oaled,

Er hoad o pignad uhel

O renta an oabl teñvel.

‘Keit ha ma hor va labour

Em lavarfeh c’hwitellour,

Kaner soniou dudiuz ;

Aliez melkonluz,

Rak ral e kouez em diskouarn

Ouspenn speuniadur al louarn,

Pe hopadenn ar gaouen

Klemmuz a-uz d’am zoenn.

An evned ‘ra o neiziou

Peurvuia war ar mêziou ;

Doue n’en-deus o hrouet

‘Vid ma vent er hoad kuzet.

Ral eta en nevez-hañv

‘Teu an eostig da ganañ

Da lakaad ar hêz glaouer

Da zond laouen ha seder.

Beva ‘ran bepred sioulig,

Tremen a rin didrouzig

Ha d’am herent ha d’an oll ;

Den… den ne ouelo d’am holl.

En eur hornig, er vered

E-leh e vin douaret,

Ne glevin nemeur pedenn

Digand eneou kristen. »

Med gwez braz ar hoajou don

A oa dezañ ker mignon,

Dero, pin ha brugeier,

A zalho soñj ar glaouer !

Le charbonnier

Je vis loin du monde des gens

Sans femme le plus souvent,

Dans les bois, sous la feuillée,

Oui, c’est bien moi le charbonnier

Pour vous dire la vérité

Je n’ai qu’un seul être à aimer

Fistoulig, mon fidèle chien,

De ma cabane le gardien.

Avec lui je dors, je m’éveille

Et toujours il est là, pareil.

Quand un jour il me quittera

Ce s’ra, nul doute, pour l’au-delà.

Quand je me lève de bon matin

Ma meule je bâtis avec soin

Le bois, puis la tourbe, et enfin

La voilà ronde comme un bon pain.

Soudain s’élève la fumée

Comme sortie d’une cheminée

Qui s’élève au-dessus du bois

Obscurcissant le ciel si bas.

Et tandis que chauffe mon bois

Je siffle et je chante parfois

Mes belles chansons bucoliques

Et bien souvent mélancoliques

Car le plus souvent je n’entends

Que du renard le glapissement

Et de la chouette le hululement

Lugubre, dans le souffle du vent.

Les oiseaux souvent font leur nid

Au fond des bois, dans les prairies

Dieu les a bien sûr créés

Pour qu’en forêt ils vivent cachés.

Mais il est rare, ma foi, qu’au printemps,

Le rossignol vienne, en chantant,

Auprès du pauvre charbonnier,

Pour son cœur enfin égayer.

Moi qui toujours vécus tapi

Je partirai un jour, sans bruit

Et ni parent, frère ou cousin

Ne pleurera sur mon destin.

Dans un coin du cimetière,

La-bas où je repose en terre,

Ne résonneront les antiennes

Des bonnes âmes chrétiennes.

Mais les grands arbres des bois

Que toute sa vie il aima :

Chêne, pins, bouleaux, châtaigniers

Se souviendront du charbonnier.