Ar planter gwez / Barzhoneg gant Ivonig Picard

Ar planter gwez

D’am breur-kaer, P.-M. Grall, mestr-skol er Fouillez, eul planter euz ar re wella, en anaoudegez euz e vad-oberiou d’ar Vro.

Lavariou on Tadou a ziskouez Breiz-lzel

Goloet a lann braz hag a goajou uhel,

He hêriou, he mêziou, kloz ha dizavelet,

Heñvel ouz bokedou en eul liorz savet.

Dizamant ouz o mad, perhenned lezireg

O-deuz pilet o gwez e-giz tud ezommeg ;

Ha ne gaver bremañ, e plas ar brouskoajou,

Nemed kefiou dister en-dro d’an douarou,

Difalbalennou trist ha sin a baourentez,

E leh ma oa gwechall braz ar binvidigez.

Eun oan touzet, ‘michañs, ne gar ket er menez

Chom, ha pa na ve ken, er-mêz ‘hed eun devez ;

Penaoz or parkeier, heb o hleuziou koadet,

A vefe ouz ar skorn er goañvou gwaskedet ?

Ar planter her goar sur…. ‘Vel-se eo aketuz,

Pa droh eur wezenn goz, O tra kriz ha poaniuz !

Da lakaad en he foull eur blantennig yaouank

A welit o kreski hag o tigemer brank.

‘Leh m’eo ral ar heuneud ’tisplij dezañ bale :

E blijadur eo kaoud e pep hent eun ale,

Hag, en-dro d’e barkou, gwez dero, pin ha fao,

War e brajou haleg, gwial, elo ha skao.

Pe geriou a hellfe komz evel an deliou,

Ha deski ar furnez ‘gaver ‘n o huzuliou ?

Planta a ra eta, rei a ra ali mad.

E labour hag e skwer a zo da heuill moarvad !

Koulskoude, en eur-mañ, e klevjed trei da fall

E ober talvoudeg, gouniduz, didamall ;

Ha n’eo ket lavaret ‘n-defe ‘pad e vuhez

Digand e genvroiz kalz anaoudegez.

Petra ‘ra ze d’eun den a zelaou e goustiañs

O tisklêria dezañ : « Kendalh ha bez fiziañs !

Atao gra da zlead… Eun deiz e vo rentet

Deuz on mad, deuz on droug eur gont sklêr !

E defot d’e nesa, ar vuga1igou-noz,

En o hoari ouz troad pe e kleuz ar gwez koz,

Ar gaouenn dihunet hag an hoper klemmuz,

P’en em halvont d’an noz, goude an Añjeluz,

Evnedigou an hañv, o kana kantikou

War vegou ar gwez braz pe dindan o brankou,

An oll grouaduriou, seder, laouenneet

Dre m’o-deus adkavet ar hoajou teo-wisket,

En em glevo heb mar, unano o moueziou

‘Vid goulen gand Doue, tener d’ar pedennou,

Digeri dezañ frank dor zantel e Balez,

E reseo kaloneg en e Rouantelez.

Le planteur d’arbres

A mon beau-frère PM Grall, instituteur à La Feuillée, un planteur d’arbres sans pareil, en hommage aux services qu’il a rendus au pays.

Selon nos bons aïeux, la Bretagne autrefois

Etait couverte de landes, de forêts et de bois,

Ses villages et champs étaient bien abrités

Tels des bouquets de fleurs au milieu d’un verger.

Sans souci de leur bien, des gens peu avisés

Comme des indigents, tous leurs arbres ont rasé ;

On ne trouve aujourd’hui, au lieu des doux ramages

Que des souches chétives autour des pâturages,

De lugubres débris, signe de pauvreté

La où jadis régnaient luxe et prospérité.

Car longue est la journée pour l’agneau frais tondu,

Là-haut dans la montagne, sans abri et tout nu,

Et comment donc nos champs, sans leurs talus boisés

Seraient-ils en hiver préservés des gelées ?

Le planteur, lui le sait, et il prête attention

Quand il coupe un vieil arbre, avec consternation

Il plante un jeune sujet qui va le remplacer

Et qu’on verra grandir, et ses branches pousser.

Dans les endroits sans arbres il déteste marcher

Son plaisir est de voir le bord des routes boisé

Et tout autour des champs, chènes, hêtres et bouleaux,

Et au bord des prairies saule, osier et sureau.

Nul ne saurait parler aussi bien que les feuilles

Dont les hommes avisés la sagesse recueillent.

Mais lui aussi il plante, et sait nous conseiller

Son travail exemplaire, sachons en profiter !

Cependant de nos jours, il est bien menacé,

Ce travail opiniâtre et désintéressé,

Et il n’est pas certain que l’oeuvre de sa vie

Soit par ses congénères appréciée à son prix.

Qu’importe tout cela, à qui suit sa conscience,

Qui toujours l’encourage : « En avant, aie confiance !

Fais toujours ton devoir… Un jour tu recevras

De toutes tes actions le salaire adéquat ! »

Cherchant la compagnie, les butors rassemblés

Jouant au pied des arbres, ou dans leurs creux cachés,

La chouette éveillée, et le chat-huant geignard

Quand ils s’appellent tous deux dans la forêt le soir,

Oisillons de l’été qui chantent leurs chansons

Au faîte des grands arbres ou sous leurs frondaisons,

Toutes ces créatures, gaies et rassérénées

D’avoir les bois touffus un beau jour retrouvés,

S’entendront tous en cœur, ensemble, à l’unisson

Pour demander à Dieu en une humble oraison

D’ouvrir grandes les portes de son palais divin

Et de le recevoir comme un vrai souverain.

A l’ombre des hautes branches des ifs, pins et cyprès

Viendront ses chers amis s’agenouiller tout près.

En attendant leur pousse, lui dormira heureux,

A deux pas de chez lui, près de ses chers aïeux.

Nuit et jour sur sa tombe, la brise soufflera

Des grands arbres, légère, l’haleine le bercera.