Martolod kozh Menez Are / Barzhoneg gant Ivonig Picard

Martolod koz Menez Are

Karout a ree mond d’ar mene’

D’ober eun tammig tro-vale

‘N eur vralla, ‘n eur dreuzigellad

Evel pa glaskje roud d’e droad.

War eur roh ‘vane azezet,

E zell ouz mor Leon staget ;

Ha kleved a ree er pellder

Trouz koummou o tremen en êr ?…

En deiz, pa jome ‘n e diig,

E ree mil ha mil micherig :

‘Vel-se e oa maill da aoza

‘Barz eur vereuri meur a dra.

Digaset e veze dezañ

Pennadou korden kouezet klañv,

Ar funiou hag ar sugellou,

Ar habestrou hag an naskou.

Enno e ree forz skoulmou krenn

Ne doam ‘vid lakaad en on penn.

Eur banne pe gwerz ar butun

Ne douche ken a-berz nikun.

Eñvor dispar, kerkoulz teodet,

War ar nnarvaillou ‘oa tuet :

‘Vel-se, pa gonte ‘tal e di,

E tostee meur a hini,

Dreist-oll ar vugale vihan

‘Zalhe dirazañ o alan…

Gantañ em-eus greet tro ar bed

A-gevred gand va mignoned,

War ar mor Gwenn hag ar mor Du,

Ar moriou Braz hag ar mor Ru’,

Ped gwech ejom da Drafalgar

D’an Indez, da Vadagaskar !

Siñgapour, striz-mor Majellañ

‘Anavezen koulz ha bremañ.

Evitañ on-doa oll doujañs,

Diwall a rem diouz e zroulañs.

Yah ha seder evel eur pesk,

Burzuduz e oa en or mesk.

Ar pez a genboueze, me ‘gred,

D’e uhellaat en or spered

‘Oa ‘n e ziskouarn diou ruillenn

A lugerne ‘vel arhant gwenn.

War e veno ‘oant eun diwall

Ouz pep kleñved hag ouz pep gwall…

‘Vid kaoud e batrom penn-da-benn

Rankan komz euz e chikadenn.

Adaleg beure beteg koan

E jaoge butun heb ehan ;

Ha ni ‘yee dre-oll ‘n eur lared

E oa eur horv kreñv ha kaled.

Gand fouge hen kleve bep gwech :

Se, va zud, n’eo ket eur gwall-dech.

Le vieux marin des Monts d’Arrée

Il aimait aller tout la-haut

Faire un tour, le matin tôt

En chancelant, en trébuchant

Ses pieds à peine le portant.

Il adorait ses Monts d’Arrée

Il aimait bien s’y promener,

Vacillant tel l’équilibriste

Comme si son pied cherchait la piste.

Sur un rocher il s’asseyait

La mer du Léon il scrutait

Des vagues, était-ce le lointain bruit

Qu’il entendait venir vers lui ?

Le jour, quand chez lui il était

Mille petites choses il réparait,

Dans les fermes, de main de maître

Que de choses il faisait renaître !

On amenait, d’ici de là

Des cordages en piteux état

Cordes de chanvre et harnais

Licols, brides, entraves et traits.

Des nœud bizarres il faisait

Devant lui nous restions benêts.

Pour ses services il n’acceptait

Ni coup à boire, ni monnaie.

Vive mémoire et langue agile

Les histoires lui venaient, facile

Et devant sa porte, les gens

Accouraient par enchantement

Surtout les tout petits enfants

Bouche bée et le souffle haletant.

Il m’a beaucoup fait bourlinguer

Avec mes copains subjugués

Sur la mer Blanche, mer Rouge, mer Noire,

Les océans chargés d’histoire

Que de fois nous vîmes Trafalgar,

Singapour, l’Inde, Madagascar

Et le détroit de Magellan :

Je n’en sais pas plus à présent.

On lui portait tous du respect

Mais ses colères on évitait

Toujours bien gai et vigoureux

Pour nous il était merveilleux.

Ce qui contribuait aussi

A le grandir dans notre esprit

C’était deux anneaux aux oreilles

Qui scintillaient dans le soleil.

C’était pour lui un talisman

Contre le sort et ses tourments.

Pour enfin clore son portrait

De sa chique je parlerai

Qu’il ne cessait de mastiquer.

Dès le matin jusqu’au souper.

Nous allions partout en disant

Que l’homme était fort et vaillant

A chaque fois il en était fier,

Ce n’était pas un grand travers !